Le château de Bridoire



 

Le château de Bridoire est situé sur la commune de Ribagnac, à dix kilomètres au sud de Bergerac. C'est un très bel exemple de ténacité d'une association de sauvegarde.

Bridoire présente quelques restes du XIVème, mais l'essentiel du château remonte au XVème siècle. C'était une place forte huguenote durant les guerres de religion. Aussi le château a été assiègé en 1570 par l'armée de Montluc. Les occupants trouvèrent sage et avisé de changer d'endroit à la faveur de la nuit. Montluc s'empara au matin d'une forteresse vide. Mis de fort mauvaise humeur, il y fit beaucoup de dégâts. Il n'a pas été le seul ...

En 1806, le château passe à la famille de Foucauld de Lardimalie. Saint-Cyrien, Charles de Foucault de Pontbriand est l'exemple type du jeune lieutenant issu de bonne famille, joueur, buveur et amateur de femmes. L'Armée l'envoie méditer en Algérie. C'est au cours des campagnes militaires dans le sud algérien que lui vient sa vocation religieuse. Il est ordonné prêtre en 1901. Il exerce sa mission à Beni-Abbès où il soigne les pauvres et libère les esclaves. Mais il est assassiné à Tamanrasset en 1916. Dans sa jeunesse, il a fait de nombreux séjours au château de Bridoire.

En 1978, le château est acheté par une mystérieuse société civile sénégalaise ... qui s'en désintéressera complètement. Bridoire va connaître une période de 25 ans d'abandon. La thèse d'une acquisition pour le compte de Jean-Bedel Bokassa, ex-empereur de Centre-Afrique, est aujourd'hui la plus couramment evoquée. La société civile aurait servi de prête-nom.

Le pire ne sera pas tant l'absence et l'incurie des nouveaux propriétaires que la mise au pillage du château, la disparition des meubles d'origine, des boiseries, des cheminées, des bas-reliefs ... Même Montluc n'aurait pas fait mieux.

Les défenseurs de Bridoire se sont groupés en association pour obtenir la sauvegarde du château. Ils se sont heurtés à des intérêts majeurs et à des remugles de la politique française en Afrique. Ils ont du faire face aux procédures judiciaires engagées contre eux par la société propriétaire. Mais au bout de vingt ans, ils ont gagné.

En 2003, l'Etat prononce l'expropriation pour cause d'utilité publique afin d'assurer la préservation du patrimoine. C'est une première historique. La société civile africaine, ancienne propriétaire est restée sourde à toute proposition transactionnelle. L'indemnité a été fixée d'office et versée sur un compte à la Caisse des Dépôts et Consignation. Dans trente ans, elle sera pour le Roi de Prusse.